Adoption du revolver
d'ordonnance modèle 1873:


Un peu plus sur le revolver d'ordonnance modèle 1873:


Articles sur le 1873 et les revolvers d'ordonnance Français:

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Courriers (1873-1874) entre le directeur de la Manufacture d'Armes de Saint Etienne, le ministère et l'inspecteur des manufactures d'armes

Entrée de la manufacture d'armes de St EtienneLa littérature concernant cette arme est d’une grande richesse puisque que ce revolver réglementaire français passionne depuis des décennies nombre de collectionneurs et tireurs sportifs. Néanmoins, son histoire comporte encore des erreurs et des zones d’ombres du fait d’un manque d’archives la concernant. Je vais donc tenter d’apporter dans cet article quelques précisions supplémentaires sur l’évolution du revolver modèle 1873 en m’appuyant sur des archives originales provenant de la manufacture d’armes de Saint-Etienne.


Commençons par affirmer que le revolver modèle 1873 était initialement destiné au service de la gendarmerie et non à celui de l’infanterie comme cela a pu être relaté dans certains articles ou ouvrages sur les armes de poing. Dans sa dépêche du 12 février 1873, le ministre de la Guerre commande à la manufacture d’armes de Saint-Etienne 40 000 exemplaires de ce nouveau « revolver de gendarmerie ».
Si le modèle amélioré du système Chamelot-Delvigne est adopté en principe, il n’en reste pas moins que le type définitif n’est pas encore arrêté. Dès le mois de mars 1873, de nouvelles études sont menées à la MAS pour présenter au Ministre une arme parfaite.


Pour gagner du temps et surtout pour limiter les dépenses, les prototypes sont constitués de canons et de carcasses en bronze, cette matière permettant d’usiner plus rapidement et plus facilement les différentes pièces constitutives (l’utilisation de l’acier fondu ou de la fonte malléable engendrant un surcoût considérable et un outillage spécifique).


revolver 1873 d'essai en maillechort

Revolver système Chamelot Delvigne d'essai, fabriqué par Pirlot frères à Liège, canon en acier bleui et carcasse en maillechort. Cette petite série de revolvers a probablement été conçue comme prototype pour la marine ou l'artillerie.
Crédit photo: Lucien Paris


Devant la richesse des échanges entre le ministère, l’inspecteur des manufactures d’armes, le directeur de la MAS et les différents fournisseurs de l’industrie privée, j’ai choisi de vous livrer ci-dessous, sous forme de recueil chronologique, le contenu de cette correspondance. La première partie concerne les améliorations apportées au revolver et plus particulièrement à son mécanisme, la seconde traite de la question des plaquettes de crosse. Vous trouverez, en toute fin d’article, les chiffres de la production mensuelle du revolver modèle 1873, de son adoption à la fin de l’année 1875 puis les chiffres annuels, déjà connus et publiés dans la plupart des ouvrages de référence. Ils sont issus des archives de la MAS jusqu’à la date la plus avancée relevée.

Améliorations apportées au mécanisme du revolver modèle 1873

L’étude de ces documents révèle certaines améliorations apportées au modèle primitif après une série d’examens et d’expériences menées par les officiers des services de l’Artillerie, de la MAS, de la gendarmerie et enfin de l’artillerie et de la cavalerie. Parmi les plus remarquables, notons les perfectionnements apportés dès septembre 1873 sur la fixité des trois arbres de la platine, en octobre 1873 sur le marquage des principales pièces du mécanisme (en l’absence de principe d’interchangeabilité), en janvier 1874 sur le prolongement du trou de la vis de la plaque de recouvrement dans toute l’épaisseur de la carcasse, l’abaissement de 4 mm de l’extrémité postérieure de la crête du chien et de la hauteur des chiffres qui constituent le millésime « 1873 » sur le canon. Enfin, en octobre 1877 sur la modification à apporter aux chambres des revolvers destinés à la Marine.


17 septembre 1873 : (Inspecteur à directeur de la MAS)

Le commandant Bry m’a remis le pistolet-revolver Delvigne numéro 2. Il a été soumis à l’examen de l’atelier des modèles d’armes du dépôt Central de l’Artillerie. Il est bien ajusté, bien fini et réalise sur les modèles primitifs des améliorations sérieuses. Je vous signale deux observations :
Le crochet de barrette est mal fait et peut se décrocher facilement.
Le ressort de gâchette est un peu faible et lâche vers l’arrière.
Il suffira d’appeler l’attention des contrôleurs sur ces deux observations dans le cas où elles seraient applicables aux autres revolvers de la fabrication courante.

revolver mle 1873 F3

Revolver modèle 1873, numéro de série F3


20 septembre 1873 : (Directeur MAS à Pihet)

Je vous adresse les modèles en laiton des deux plaquettes quadrillées qui doivent servir à la monture du revolver de gendarmerie.


26 septembre 1873 : (Directeur MAS à Inspecteur)

5 revolvers modèle 1873 sont envoyés au commandant de l’artillerie de la place de Paris. D’après les renseignements que j’ai eu du commandant Bry, ces armes sont destinées au Comité de la Gendarmerie qui doit déterminer la forme des étuis la plus commode pour les gendarmes, dans le service à pied ou à cheval. Ce sont les cinq premiers qui soient sortis de nos ateliers.


30 septembre 1873 :

Nouvelles observations du commandant Bry sur les 5 revolvers :
Les trois arbres de la platine, en porte-à- faux, et maintenus dans le corps de platine par moins de trois filets, n’ont pas une fixité suffisante. Ils se dévisseront facilement. Il est préférable que ces arbres soient rivés après avoir été vissés en place, comme dans le modèle primitif. La partie filetée serait matée dans son écrou qu’on évaserait au besoin pour y refouler l’excédant de métal de la vis.

revolver mle 1873 F3

Revolver modèle 1873, numéro de série F3

La tête de la vis de la plaque de recouvrement est en saillie sur la plaque. Dans le modèle primitif, elle était noyée. Cette dernière faisait disparaître une saillie inutile, on se demande pourquoi cela a changé.
La portière est excentrique, lorsqu’elle est fermée. Le jour, entre la face postérieure du barillet et la partie arrondie de cette portière, est de 0,4 mm ; lorsqu’elle est ouverte, ce jour n’est plus que de 0,2 mm. Il en est résulté que des cartouches mises en place, qui permettaient une rotation très faible du barillet, la portière étant fermée, gênaient au contraire cette rotation lors du chargement, portière ouverte. Il est donc important de vérifier que la portière ne peut, dans aucune position, faire saillie sur la face postérieure de l’échancrure qui loge le barillet.


2 octobre 1873 : (Directeur MAS à Inspecteur)

Le ministre m’autorise dans sa lettre du 22 février dernier à acheter directement les cartouches dont j’ai besoin auprès de Gaupillat pour réaliser des expériences de tir pour déterminer quelques éléments essentiels du revolver de gendarmerie.
Je n’ai eu dans ces expériences à m’occuper qu’au point de vue de l’espèce de poudre, du poids de la charge, de la forme de la balle et du graissage mais nullement au point de vue de la longueur de la douille. Dans la fabrication du revolver, on s’est exactement conformé aux prescriptions de la lettre du 22 février concernant la chambre du barillet.
On n’a pas pu être étonné des observations que j’ai formulées dans ma lettre du 21 septembre relatives au croquis de la cartouche du revolver présenté par Mr De Bange.
Les dimensions des chambres ayant été déterminées d’avance et d’une manière absolue par le Ministre, on ne pouvait admettre que les diamètres des cartouches puissent être en certains points plus forts que les diamètres correspondants des chambres elles-mêmes. Le croquis qui se trouve dans la lettre du 22 février doit servir de base pour établir les tolérances à admettre sur les cartouches. Je fais, en ce moment, déterminer les dimensions moyennes des douilles. Je vous envoie le croquis de la cartouche Gaupillat.
Ces cartouches marchent très bien et on peut considérer leurs dimensions comme convenant très bien à ce modèle. Vous remarquerez qu’entre les diamètres de la douille et ceux correspondant de la chambre du barillet, il existe partout une différence de 0,1 mm, excepté pour les diamètres du bourrelet de la cartouche et de la fraisure pour lesquels cette différence est de 0,6 mm.
Je pense que les dimensions maximums que devrait présenter l’étui métallique de la cartouche sont :
Epaisseur du bourrelet : 1 mm – Diamètre du bourrelet : 12,8 mm – Diamètre de la douille, au-dessus du bourrelet : 11,9 mm – à 17 mm de la tranche postérieure de la douille : 11,7 mm.


3 octobre 1873 :

Le contrôleur principal d’armes Boulanger, après un examen des 4 revolvers système Delvigne, fait les remarques suivantes :
Les portes du barillet sont toutes plus ou moins en saillie sur la face antérieure de la plaque de culasse.
Tous les canons ont un enfoncement plus ou moins fort provenant du poinçon du contrôleur appliqué sur le pan du dessous du canon.


6 octobre 1873 : (Inspecteur à MAS)

Les pièces de la platine n’étant pas interchangeables et ne pouvant donc se monter indifféremment sur tous les revolvers, il faut marquer au numéro de l’arme chacune des ces pièces pour éviter toute confusion, sinon, tout du moins, les principales : gâchette, détente, chien, barrette, mentonnet.


8 janvier 1874 : (Inspecteur à MAS)

Le revolver modèle 1873 a donné lieu de la part de la gendarmerie à quelques observations dont une semble très fondée :
La crête du chien se trouvant à peu près à hauteur de la génératrice supérieure du canon, il en résulte qu’en voulant mettre l’arme dans la fonte ou dans l’étui, le chien est généralement accroché et qu’il peut s’armer ou retomber involontairement.
Je vous prie d’étudier et de me proposer les moyens que vous jugerez convenables pour remédier à cela. La solution la plus simple consisterait à abaisser la crête du chien de quelques millimètres au dessous du prolongement de la ligne supérieure du canon, sans cependant que le dessous de la crête vienne, dans le mouvement d’armer, porter sur la partie antérieure de la crosse.


9 janvier 1874 : (MAS à Inspecteur)

L’examen réalisé sur deux revolvers modèle 1873 au Dépôt Central et qui ont servi à la réception des cartouches, ont donné lieu à quelques observations d’où découlent les modifications suivantes à apporter :
Augmenter de 2 mm le diamètre de l’embase du chien
Augmenter de 0,1 mm la saillie des embases de la détente et de la gâchette
Ménager une embase de 0,1 mm d’épaisseur au pied de la porte.
Je propose de prolonger le trou de la vis de la plaque de recouvrement dans toute l’épaisseur de la carcasse. Cette dernière pièce se trouverait percée de part en part et laisserait apercevoir l’extrémité de la tige de la vis de plaque. Le trou borgne qui se pratique aujourd’hui ne se taraude pas facilement, surtout dans le fond, et peut devenir un nid à crasse. La modification que je propose aurait l’avantage, dans la fabrication, de permettre de percer la plaque de recouvrement en se servant du trou de la carcasse comme de conducteur. Un dernier avantage serait de rendre plus facile le remplacement de la plaque de recouvrement dans les corps.

revolver 1873 premier type

Revolver modèle 1873 avec le trou de la vis de portière non traversante et plaquettes en ébène. Numéro de série F 461.
Crédit photo: Lucien Paris


10 janvier 1874 : (Inspecteur à MAS)

La proposition que vous faites concernant la plaque de recouvrement est parfaitement justifiée et je vous autorise à l’appliquer, sur tous les revolvers en cours de fabrication.


13 janvier 1874 : (Inspecteur à MAS)

Les difficultés relatives au revolver modèle 1873 sont aplanies. Le Ministre presse maintenant activement la fabrication. Il me propose également de le mettre en essai dans la cavalerie et l’artillerie dès que vous en aurez un nombre suffisant disponible.


15 janvier 1874 : (Inspecteur à MAS)

Le Ministre, devant l’imminence de la distribution des revolvers modèle 1873 aux troupes de la gendarmerie, demande de lui préparer et de soumettre à son approbation le projet de tarif provisoire des réparations spéciales à ce modèle.


22 janvier 1874 : (MAS à Inspecteur)

J’ai fait étudier les modifications possibles à apporter au chien du revolver modèle 1873.
Deux revolvers, numéros F 251 et F 252 présentent les modifications proposées :
F 251 : le chien ne diffère du modèle réglementaire qu’en ce que l’extrémité postérieure de la crête a seule été abaissée de 4 mm.
F 252 : non seulement le derrière de la crête est abaissé de la même quantité que le numéro 251 mais encore la naissance de cette crête sur le corps du chien est plus rapprochée de l’axe de rotation.
Si l’on compare au point de vue de la fabrication et des critiques émises par la gendarmerie, c’est le chien du revolver F 251 qui semble être préféré. La crête, dirigée en fuyant presque dans le prolongement du canon donne peu de prise à tout obstacle qui tendrait à faire relever le chien et remplit assez bien les conditions demandées. Cette disposition permettrait également d’utiliser tous les chiens en cours de fabrication et dont le nombre atteint aujourd’hui un chiffre élevé.
Comme je ne connais ni le modèle d’étui ni le modèle de fonte auxquels doit être approprié le revolver, je vous envoie les deux armes modifiées.


Plan du chien du revolver modèle 1873

Plan du chien du revolver modèle 1873.
Crédit photo: collection de l'auteur.


23 janvier 1874 : (Inspecteur à MAS)

Je vous donne mon approbation pour abaisser de 4 mm l’extrémité postérieure de la crête du chien. Cette dernière modification que vous avez appliquée au revolver F 251 semble la seule acceptable. Je vous autorise à appliquer la modification aux revolvers déjà terminés et à ceux en cours de fabrication. Le modèle d’étui qui sera adopté ne doit pas vous inquiéter car il sera adapté aux formes du revolver.


29 janvier 1874 : (Inspecteur à MAS)

Je vous fais part d’une observation de détail concernant le marquage des revolvers. Les chiffres de l’année 1873 inscrits sur le pan supérieur du canon sont trop peu apparents.

Marquage Mle 1873 sur le canon sur un revolver modèle 1873 de début de fabrication (F 461)

Marquage "Mle 1873" sur le canon sur un revolver modèle 1873 de début de fabrication (F 461).
Crédit photo: La Gazette des Armes, Hors-série numéro 1.

Marquage Mle 1873 sur le canon sur un revolver modèle 1873

Marquage "Mle 1873" sur le canon sur un revolver modèle 1873.

Il me semble que l’on pourrait sans inconvénient leur donner une hauteur double, de façon qu’ils se détachent bien sur l’arme et se distinguent nettement des autres marques de contrôle.


4 avril 1874 : (Ministre à inspecteur)

L’adoption d’un modèle de revolver pour la gendarmerie et les demandes faites par un certain nombre d’officiers, en vue d’obtenir la délivrance d’armes de cette espèce, m’ont paru opportun d’établir un revolver pour officier. En conséquence, je vous demande de faire établir à la MAS un revolver de même calibre et tirant la même cartouche que le revolver 1873. Il serait à désirer que les pièces du mécanisme furent les mêmes, au moins en grande partie, en cherchant néanmoins à l’alléger de 150 à 200 grammes et les parties apparentes devront être brunies. Ce revolver serait fourni directement par l’entreprise de la manufacture aux officiers qui lui en feraient la demande, et de la même manière que les armes blanches leur sont délivrées par l’entreprise de la MAC.


27 juin 1874 : (Inspecteur à MAS)

Je me suis préoccupé de la difficulté que vous éprouviez à faire en acier puddlé fondu la carcasse du revolver modèle 1873 et du grand nombre de rebuts que donnait cette matière. Je me suis assuré, dans les bureaux du ministère, qu’on était tout disposé à modifier cette fabrication quant à la matière employée. Si les essais que vous avez pu faire à la MAS vous démontrent qu’il y aurait avantage à employer du fer au lieu d’acier pour la carcasse du revolver, n’hésitez pas à m’adresser une demande dans ce sens. Je la transmettrai en l’appuyant et je ne doute pas qu’elle ne soit pas accordée.


13 aout 1874 : (MAS à Inspecteur)

Les tables de construction du revolver modèle 1873 sont prêtes depuis plusieurs mois mais j’attendais les instructions auxquelles auraient pu donner lieu l’examen par le Comité des rapports des corps de la cavalerie qui ont expérimenté ce modèle (suivant l’OM du 24 janvier 1874). D’après ces résultats, j’ai fait apporter quelques corrections à ces tables.


14 novembre 1874 : (MAS à Ministre)

En exécution de votre DM du 8 juillet 1873 je vous adresse les tables de construction du revolver modèle 1873 pour être soumises à votre approbation.


16 janvier 1875 :

En exécution des prescriptions contenues dans votre dépêche du 13 janvier, j’ai fait vérifier sur les 140 revolvers modèle 1873 qui ont passé avant-hier à la visite d’ensemble, la saillie du percuteur sur la face antérieure du rempart. La cote normale de cette saillie est de 2,5 mm et les instruments vérificateurs dont se servent les contrôleurs pour la vérifier permettent de s’assurer qu’elle soit comprise entre 2,5 et 3 mm. On a constaté que sur 140 revolvers, la saillie n’est jamais inférieure à 2,5 mais que dans quelques armes elle atteint 2,7 mm. A l’origine de la fabrication des revolvers modèle 1873, cette saillie du percuteur était seulement de 2,2 et ce n’est qu’à la suite d’expériences exécutées au début de l’année 1874 dans les corps de cavalerie et d’artillerie, qu’elle a été portée à 2,5. On avait en effet observé que la saillie de 2,2 permettait, dans certains cas, au barillet de tourner, le chien étant à l’abattu et que, dans ce mouvement, la pointe du percuteur dégradait les cloisons comprises entre les chambres. C’est pour parer à cet inconvénient que l’on a adopté définitivement la cote de 2,5 et c’est ce dernier chiffre qu’il y aurait lieu de spécifier dans les tables, sans tolérance en dessous mais avec une tolérance de 0,2 à 0,9 au-dessus.
Si on observe avec quelque attention ce qui se passe dans le tir du revolver, on peut remarquer que lorsque les cartouches sont de bonne qualité, le corps du chien, après l’explosion, ne vient jamais prendre appui sur le derrière du rempart mais que, le coup parti, il se trouve soutenu et maintenu à une certaine distance de cette partie de la carcasse, par l’appui que prend la pointe du percuteur sur le fond de la capsule elle-même. L’excès de la saillie du percuteur sur la tranche antérieure du rempart, lorsque l’arme n’est pas chargée, ne peut donc avoir, au moment du tir, d’autre effet que de diminuer de la même quantité, la course du chien dont le corps se trouve alors arrêté à une distance un peu plus grande du derrière du rempart. Il est donc tout à fait impossible d’attribuer à la saillie du percuteur les enclouages qui ont été signalés par la commission, chargée à Vincennes, de la réception des cartouches.
D’après les résultats de l’expérience, résultats basés sur le tir de 176 000 cartouches, je crois que les accidents qui ont donné lieu à des plaintes de la part de la commission de réception des cartouches ne proviennent ni de la forme ni de la saillie des percuteurs mais uniquement des conditions défectueuses dans lesquelles les cartouches sont établies et principalement de la mauvaise qualité des capsules.


22 juin 1875 : (MAS à Inspecteur)

Dans les expériences avec le revolver au cours de l’année 1874 (cavalerie et artillerie), des départs accidentels du chien du cran de sûreté lorsqu’on le frappait derrière la crête.
A la suite de la visite à la MAS de tous les revolvers mis en expérience, une première modification a été apportée dans la forme des crans de la noix et de la gâchette afin de remédier au défaut qui avait été indiqué et d’éviter les départs accidentels.
Cette modification qui consistait à faire passer le prolongement du fond du cran de la noix tangentiellement à l’embase, au lieu de le faire passer par le centre même du pivot a été immédiatement appliquée à tous les revolvers Mle 1873 en cours de fabrication. De plus, comme je vous le disais dans ma dépêche du 5 juin 1874, il a été prescrit aux contrôleurs de s’assurer avec le plus grand soin à la visite d’ensemble et pour chaque arme, que le chien ne peut pas s’échapper du cran de sûreté soit qu’on exerça sur la crête une forte pression à la main, soit qu’on frappât sur cette crête avec un maillet. A l’époque ou cette modification a été introduite dans la fabrication, il existait déjà en service dans la gendarmerie plusieurs milliers de revolvers et, d’après les dates d’expédition, il me paraît extrêmement probable que, parmi ces armes, figurent celles des compagnies du Vaucluse et des Bouches du Rhône qui font l’objet de la lettre du chef de la 9 e Légion et qui ont en effet été expédiées de St Etienne sur ces Compagnies les 24 et 26 mai 1874.
Pour être certain que le maintien du chien au cran de sûreté soit parfait, j’ai prescrit les dispositions suivantes qui vont être appliquées dès à présent :
1/ porter de 0,5 à 0,7 mm la profondeur du cran de sûreté en conservant le prolongement du fond de ce cran tangent à l’embase de la noix.
2/ donner au cran de la gâchette la même profondeur qu’à celui de la noix. Retailler en conséquence l’extrémité postérieure de la gâchette.
3/ augmenter de 0,1 mm l’épaisseur du corps du ressort de gâchette de manière à en augmenter la force.


10 septembre 1877 :

Première commande de 1000 revolvers modèle 1873 modifiés pour la Marine.


13 octobre 1877 :

En exécution de la DM du 11 octobre 1877 j’adresse à l’inspecteur un croquis relatif à la modification à apporter aux chambres des 1000 revolvers mis en commande le 10 septembre pour la Marine.


29 mars 1878 :

La commande des 1000 revolvers modèle 1873 modifiés pour la Marine, passée le 10 septembre 1877 à la MAS est terminée. Les armes ont été expédiées au fur et à mesure de la production.


7 juin 1886 :

La commande de 1200 revolvers modèle 1873 modifiés pour la Marine (Ordre ministériel des 16 et 18 mars 1886) doit être considérée comme s’ajoutant à celles qui ont fait l’objet de ma dépêche du 8 février dernier par laquelle je vous ai notifié les commandes à exécuter pour le département de la guerre.


2 août 1886 :

Il n’y aura pas lieu, pour cette commande, d’agrandir les chambres du barillet, la Marine employant aujourd’hui la même cartouche que l’armée de terre


14 août 1886 :

Conformément à l’avis que vous m’avez exprimé, je vous demande de mettre en fabrication les 7 000 revolvers que réclame la Marine. Vous tâcherez de livrer en 1886 la plus grande partie possible.


23 octobre 1886 :

Commande de 800 revolvers de théorie modèle 1873 série X.


13 novembre 1886 :

Suite à la dépêche ministérielle du 11 novembre dernier : le ministère de la Marine est informé que sur la commande de 7000 revolvers modèle 1873 qui fait l’objet de sa lettre du 13 juillet dernier, 3 000 exemplaires seront fabriqués en 1886 et 4 000 terminés en avril 1887 puis expédiés aux ports suivants, dans l’ordre : Toulon, Brest, Cherbourg, Lorient et Rochefort.

Améliorations apportées à la monture du revolver modèle 1873, et notamment aux plaquettes de crosse

En mai 1873, l’étude du revolver destiné à la gendarmerie conduit également à se pencher sur la matière à adopter pour les plaquettes de crosse. Impulsée par le commandant Rey, l’emploi de la corne moulée substitue au bois de noyer pour cette fabrication. Il semble que le fils Pihet ait eu des relations privilégiées avec quelques membres de l’administration militaire, probablement parce que les frères Pihet furent entrepreneurs de la MAC en 1831 et qu’ils développèrent des machines à vapeur pour la Marine ainsi que des machines-outils à destination de l’industrie militaire…
Si dans un premier temps, les plaquettes livrées (d’abord lisses puis quadrillées) satisfont entièrement à la demande, très vite des difficultés vont apparaître et faire douter, en premier lieu, le directeur de la MAS sur son adoption définitive : les délais de livraison sont longs et ralentissent le montage des armes mais surtout la qualité des plaquettes laissent à désirer, un retrait important de la matière ne permet pas un ajustage correcte sur les armes, provoquant ainsi de nombreux rebuts. Devant toutes ces difficultés, et en attendant que la production s’améliore, on emploie simultanément, dans le montage des revolvers, le bois de noyer et la corne. Les premiers envois de revolvers modèle 1873 se font exclusivement avec des plaquettes en corne. Des essais sont ensuite réalisés avec du bois noirci (mais la teinte ne pénètre pas assez dans le bois) puis avec du caoutchouc durci (mais cette matière est cassante et fragile).
Finalement, et alors que Pihet terminait en mars 1874 son importante commande de 1500 paires de plaquettes, le Ministre décida en date du 9 avril 1874 d’adopter définitivement le bois de noyer naturel pour la monture des revolvers. Les plaquettes en corne déjà montées sont alors remplacées par celles en noyer.
Mais il se peut que certains revolvers aient échappé à cette règle…


31 mai 1873 :

A Pihet sise 8 rue Popincourt à Paris, le commandant Maignien, directeur de la MAS, lui demande de lui fournir des plaquettes en corne moulée :

« Mr le commandant Rey vient de me faire connaître que parmi les matières qui pourraient être substituées au bois dans la monture des revolvers, il y aurait peut-être avantage à utiliser la corne moulée. Il y a lieu de faire des essais. Le commandant Rey ajoute que vous pourriez nous fournir les pièces moulées dont nous aurions besoin. Je viens donc de faire couler en laiton le modèle des deux plaquettes qui forment les côtés de la monture du revolver actuellement à l’étude. On vous envoie ces deux pièces. Elles serviront à faire les moules. Je vous demande de me faire 25 pièces de chaque pour faire 25 paires de plaquettes… ». En attendant, le personnel de la manufacture étudie sans relâche les perfectionnements à apporter au revolver. Dans un courrier adressé au Ministre en date du 27 juin 1873, le directeur soumet « à son approbation le modèle de revolver (Système Delvigne) qui, conformément à vos ordres, a été établi à la MAS et qui est destiné à servir de type pour la fabrication des revolvers mis en commande le 12 février 1873 pour l’armement de la gendarmerie ».


Je vous livre maintenant, de manière chronologique, les différentes phases de l’évolution du revolver entre 1873 et 1875 :


8 août 1873 :

Le directeur envoie le rapport de la commission (constituée d’officiers et de contrôleurs de la manufacture) chargée de faire des expériences sur les plaquettes en corne moulée de Mr Pihet :
« Ces plaquettes me paraissent satisfaire à toutes les conditions de solidité et de résistance. Elles se travaillent très facilement, ne se déforment pas sous l’action des changements de température et sont insensibles à l’action de l’humidité. Sur l’arme, elles présentent un aspect beaucoup plus riche que le bois de noyer. Je pense qu’elle pourrait substituer au bois de noyer dans la monture des revolvers. Mr Pihet m’a envoyé que des plaquettes non quadrillées, je suis convaincu que les plaquettes quadrillées ne seront pas plus difficiles à obtenir que les plaquettes unies et feront sur l’arme un très bel effet.
Je dois également fournir au ministre (d’après une dépêche du 31 juillet 1873) le résultat des expériences faites à la manufacture pour la détermination de la balle et de la poudre la plus convenable pour les cartouches de revolver. Ces expériences ne sont pas encore terminées. Les cartouches Gaupillat donnent de très bons résultats comme justesse mais ont l’inconvénient de ne pas être graissées. Il en résulte, avec toutes les poudres, un encrassement considérable du barillet et du canon. On a étudié à ce point de vue la cartouche Gaupillat qui, modifiée dans ce sens, peut être considérée comme une très bonne cartouche, très acceptable. En fait de balles, nous en étudions deux nouvelles plus la balle adoptée définitivement par la marine et dont Mr Gaupillat a eu l’obligeance de m’envoyer le tracé ».


26 aout 1873 : (Directeur MAS à Mr Pihet)

J’ai reçu depuis longtemps les 25 paires de plaquettes en corne moulée et les expériences ont très bien réussi. Il paraît certain que ce genre de plaquette sera appliqué à la fabrication des poignées de revolver. Je vous demande de m’en envoyer 100 paires de plaquettes identiques à celles déjà envoyées. Le modèle définitif sera quadrillé, je pense que le quadrillage viendra parfaitement au moulage et je vous demande si, pour confectionner les plaquettes quadrillées, vous aurez besoin d’un modèle en bronze ou tout simplement d’un modèle en bois ».


20 septembre 73 : (MAS a Pihet)

Je vous adresse les modèles, en laiton, des deux plaquettes quadrillées qui doivent servir à la monture du revolver de la gendarmerie. Veuillez m’adresser le plus tôt possible 100 paire de plaquettes ainsi quadrillées. Il est important avant qu’une commande importante de cette arme nous soit donnée, que nous nous assurions que le quadrillage vient bien au moulage.


comparatif plaquettes gauches revolvers modèles 1873, 1874 et modèle commercial

Comparatif: plaquettes gauches revolvers modèles 1873, 1874 et modèle commercial, côté extérieur.
Crédit photo: Vivelacolo, forum TCAR.


13 novembre 1873 : (MAS à Pihet)

Je vous fait connaître quelques observations très sérieuses auxquelles donnent lieu vos plaquettes envoyées suite à ma demande du 26 aout et qui commencent à être livrées aux ateliers de montage.
Ces plaquettes ne ressemblent nullement à celles que vous m’avez envoyées dans le principe et qui étaient remarquables par la régularité de leurs formes et de leurs dimensions. Sur les 100 plaquettes de votre dernier envoi, un très grand nombre laisse à désirer sous le rapport des épaisseurs, elles présentent entre elles des différences qui s’élèvent à 1,2 et quelques fois 3 mm, surtout près de la partie circulaire qui doit se raccorder avec la plaque de recouvrement. Il en est d’autres qui sont beaucoup plus faibles à la tranche qui s’ajuste sous la calotte. Un des avantages que paraissait devoir présenter les plaquettes en corne moulée consistait dans la régularité que votre procédé pouvait permettre d’obtenir.
J’attends avec impatience les 100 plaquettes quadrillées pour l’exécution desquelles je vous ai envoyé les modèles à la date du 21 septembre. Je vous prie de presser leur envoi à la MAS et à défaut de m’expédier 200 paires de plaquettes non quadrillées et semblables aux premières que vous nous avez fournies. Nous les examinerons sérieusement et nous ne pourrons accepter pour être mises en fabrication que celles qui seront exactement conformes aux types en laiton qui vous a servi à l’établissement de vos moules.


9 décembre 1873 : (MAS à Pihet)

Réponse à votre lettre du 4 décembre, je vous fais connaître que les épaisseurs des plaquettes au milieu de la tranche plane doivent être respectivement de 14 et de 12,5 mm et non de 11,5 mm comme l’indique l’un des croquis qui accompagnent votre lettre.
Ces dimensions n’admettent aucune tolérance en dessous, mais seulement 0,2 mm au dessus.
Sur votre 1 er envoi de 100 paires de plaquettes, soit 200 pièces, 8 ont été rebutées pour défaut de dimension.
Votre 2 e envoi devait comme le 1 er être de 100 paires de plaquettes on n’en a trouvé que 99 dont 9 ont été rebutées comme impropres à la fabrication.
La régularité des pièces que vous m’aviez, dès le principe, envoyées à titre d’essai était si remarquable que je supposais que les fournitures que vous pourriez à faire à la MAS se continueraient dans les mêmes conditions.
J’attends depuis plusieurs mois avec impatience les plaquettes quadrillées que je vous avais prié de confectionner. Ces plaquettes n’arrivant pas sans doute à cause des difficultés auxquelles donnent lieu leur fabrication, je vous prie de m’expédier promptement et à mesure qu’elles seront fabriquées, soit par lot de 100 à 200 paires, la quantité de 1500 paires nouvelles paires de plaquettes lisses conformément au 1 er type.


5 janvier 1874 : (MAS à Pihet)

Nous avons reçu les plaquettes quadrillées que vous m’annonciez à la date du 29 décembre dernier et qui complètent la commande de 200 paires que je vous avais faite de ce type.
Les plaquettes quadrillées de votre premier envoi présentent d’assez grandes irrégularités qui étonnent dans des pièces sortant du même moule et qui gênent beaucoup les opérations de la monture. Je ne sais pas encore si les plaquettes quadrillées de votre deuxième envoi sont dans de meilleures conditions. En attendant, je viens vous prier de ne pas ralentir la fabrication des 1500 paires de plaquettes lisses que je vous ai demandées et de me les expédier au fur et à mesure de leur production. Peut-être serons nous forcés de nous arrêter à ce seul type qui se prête plus facilement au travail du monteur.
Ce n’est que dans quelques jours que je pourrai vous fixer à cet égard. La commande que j’ai à exécuter est de 40 000 revolvers. La fabrication de ce modèle d’armes se développe rapidement et je pense que d’ici à la fin de février, il pourra sortir de nos ateliers environ 200 revolvers par jour.
Il est donc indispensable que la production des plaquettes se développe dans la même proportion afin de nous permettre d’éviter tout retard dans nos livraisons. Envoyez nous donc le plus promptement possible les plaquettes lisses que vous avez en cours de fabrication et dès que je saurai si les plaquettes quadrillées peuvent être employées sans inconvénient, je m’empresserai de vous le faire connaître.
Dès que cette question pourra être décidée, j’inviterai Mr l’entrepreneur de la MAS à s’entendre avec vous et à nous assurer la quantité de plaquettes lisses ou quadrillées qui sera nécessaire à l’exécution de notre commande. Le plus grave défaut de vos plaquettes quadrillées consiste en ce qu’elles n’ont pas toutes la longueur du type qui vous a été adressé. Tâchez de corriger cette irrégularité et envoyez à la MAS tout ce que vous pourrez fabriquer, non seulement en plaquettes lisses mais encore en plaquettes quadrillées. Sans cela, nous pourrions être arrêtés dans notre fabrication.


12 janvier 1874 : (MAS à Pihet)

J’ai l’honneur de vous prier de bien vouloir presser l’envoi des plaquettes lisses pour pistolet revolver que je vous ai commandées le 9 décembre dernier. Notre fabrication commence à se développer et il est indispensable que nos envois se fassent régulièrement pour ne pas apporter d’arrêt dans l’achèvement de nos armes.
D’après les observations auxquelles a donné lieu l’emploi des plaquettes quadrillées, il est nécessaire, au moins jusqu’à nouvel ordre, de renoncer à ce genre de plaquettes, pour la plupart desquelles il faut en partie détruire le quadrillage pour le refaire à nouveau.
Pour employer les plaquettes quadrillées moulées, il faudrait que la fabrication des autres pièces du revolver eut atteint une régularité parfaite. Nous n’en sommes pas encore là, cela ne pourra venir qu’un peu plus tard.
Ne vous occupez donc que des plaquettes lisses et envoyez nous au plus vite ce qu’il vous sera possible.


16 janvier 1874 : (MAS à Pihet)

A la date du 9 décembre dernier, j’ai eu l’honneur de vous commander 1500 paires de plaquettes lisses pour pistolet revolver. Je vous priais de vouloir bien expédier ces pièces sur la MAS, au fur et à mesure de leur production.
Plus de 5 semaines se sont déjà écoulées depuis cette époque sans que j’aie reçu une seule paire de ces plaquettes. Ce retard qui arrête complètement notre fabrication dans ce moment nous met dans le plus grand embarras.
Je viens donc vous prier de m’envoyer immédiatement ce que vous avez de prêt et de me dire combien de temps il vous faudra pour compléter votre livraison des 1500 paires de plaquettes en question.
Si ces retards devaient se prolonger ou se renouveler, il serait réellement impossible de conclure avec vous aucun marché pour notre commande de 40 000 revolvers.
Il serait indispensable que, dès à présent, vous puissiez nous livrer 600 paires de plaquettes par semaine et que ce chiffre peut être, dès la fin du mois de février, porté au double, c’est-à- dire à 1200 paires, soit environ 5000 par mois.
Faites-moi, je vous prie, connaître ce que vos moyens actuels de production vous permettraient de livrer régulièrement, et s’il nous serait possible de compter sur les chiffres que je viens de vous indiquer.
Je vous serais très obligés de me répondre de suite et avant tout d’expédier sur la MAS le plus grand nombre de paires de plaquettes lisses qu’il vous sera possible.
Il est bien entendu comme j’ai eu l’honneur de vous en prévenir le 12 janvier courant, que nous devons renoncer jusqu’à nouvel ordre aux plaquettes quadrillées.


19 janvier 1874 : (MAS à Inspecteur)

Je viens de recevoir une lettre de Mr Pihet qui m’annonce, à la date du 17 janvier courant, qu’il ne peut savoir encore à quelle époque il pourra expédier à la MAS les 1500 paires de plaquettes en corne moulée qui lui ont été données en commande le 9 décembre 1873. Ce retard qu’il m’était impossible de prévoir, et que Mr Pihet rejette aujourd’hui sur la fabrication de ses moules et sur leur rapide destruction, me met dans un grand embarras, car il arrête d’une manière absolue l’achèvement complet des revolvers en cours de fabrication.
Ce fait prouve, une fois de plus, combien il est difficile de compter sur l’industrie privée et combien au moins pour la fabrication des armes, il est regrettable de ne pas être complètement maître de tous les éléments de cette fabrication et de se trouver ainsi à la merci d’industriels sur lesquels on ne possède aucune action.
Je crains que les mêmes difficultés ne se produisent pendant toute la durée de la fabrication de nos revolvers modèle 1873. Aussi je n’hésite pas à vous prier de vouloir bien demander au ministre de renoncer pour la monture de ces armes à l’emploi de la corne moulée et de revenir à celui du bois de noyer.


21 janvier 74 : (courrier reçu de l’inspecteur)

J’ai transmis hier au Ministère votre demande tendant à faire substituer aux plaquettes en corne moulée qui ne vous parviennent toujours pas en temps utiles, des plaquettes en noyer que vous pourriez faire vous même. Toutefois, je n’ai pas cru devoir proposer l’abandon absolu de la corne moulée pour la crosse de ces revolvers.
Il n’est pas douteux en effet que le bois de noyer ne présentera pas les mêmes garanties de résistance que la corne moulée et comme Mr Pihet, d’après les renseignements qu’il a fournis au capitaine Duban, sera en mesure dans quelques temps de livrer 200 paires par jour, j’espère que les difficultés que vous signalez ne seront que passagères.
J’ai donc demandé au Ministre de vous autoriser à employer, pour la crosse des revolvers, le bois de noyer concurremment avec la corne moulée, quand cette dernière fait défaut. Cette mesure aurait l’avantage de vous permettre d’achever promptement et de livrer à bref délai un certain nombre de revolvers, et de satisfaire ainsi aux impératives réitérées que témoigne le ministre à ce sujet. Sans savoir encore quelle décision prendra le ministre, je pense que l’autorisation demandée ne se fera pas attendre. Je crois devoir vous rappeler qu’aucun revolver ne devra être expédié sans que la crête du chien, dont la saillie est gênante, ait été modifiée.
Mr Pihet espère pouvoir vous expédier vers la fin de cette semaine 150 paires de plaquettes qui sont déjà moulées mais qui ont besoin d’être retouchées. Il prépare 6 nouveaux moules qui lui demanderont 15 jours ou 3 semaines de travail, de sorte qu’il ne pourra guère vous livrer le reste de la commande que vers le milieu ou dans la deuxième quinzaine du mois prochain.


26 janvier 1874 (Ministre à Inspecteur)

Je vous préviens que conformément aux propositions contenues dans votre lettre du 20 janvier courant, j’autorise la MAS à employer pour les revolvers modèle 1873 actuellement en cours de fabrication des plaquettes en bois de noyer.
Ces plaquettes ne devront être employées toutefois que lorsque celles en corne moulée qui doivent être fournies par Mr Pihet feront défaut. De plus, dans le but de conserver l’uniformité d’aspect qui doit exister dans l’armement, il serait à désirer que les plaquettes en bois de noyer qui seront employées fussent teintées en noir par les procédés connus.
Enfin, il y aurait lieu de rechercher si les plaquettes en bois de noyer ne seraient pas avantageusement remplacées par des plaquettes en bois durci.
Ces dernières pourraient sans doute être fournies par le sieur Latry dont l’usine est établie à Grenelle au 39 rue Violet et le magasin de vente au 7 rue du grand chantier à Paris.
Je vous prie de vouloir donner des instructions en conséquence au directeur de la MAS


comparatif plaquettes gauches revolvers modèles 1873, 1874 et modèle commercial

Comparatif: plaquettes gauches revolvers modèles 1873, 1874 et modèle commercial, côté intérieur.
Crédit photo: Vivelacolo, forum TCAR.


27 janvier 1874 : (Inspecteur à MAS)

J’ai l’honneur de vous envoyer ci joint une DM du 26 relative au revolver modèle 1873.
Le Ministre autorise l’emploi des plaquettes en bois de noyer teint en noir. Vous verrez parmi les procédés en usage pour teindre le bois quel est celui qui réussit le mieux. Je crois devoir vous indiquer comme un de ceux qui paraissent le plus en faveur dans l’ébénisterie, celui qui consiste dans l’emploi de pyrolignite de fer et de bois d’Inde.
Quant au bois durci dont il question dans la même dépêche, on serait encore sous ce rapport dans la dépendance de l’industrie privée et les retards qui se sont produits dans les livraisons des plaquettes en corne moulée pourraient également se produire avec les plaquettes en bois durci.
Dans le cas où l’outillage de Mr Pihet ne lui permettrait pas de faire face à vos besoins, je crois que le mieux serait de répartir entre plusieurs fabricants les commandes de plaquettes en corne moulée qui vous seront nécessaires.
Quoi qu’il en soit le ministre tient essentiellement à ce que aucune considération n’arrête les livraisons de revolvers et c’est dans ce but qu’il a autorisé l’emploi du bois de noyer en réservant la solution définitive de la question.


28 janvier 1874 : (MAS à Inspecteur)

J’ai l’honneur de vous renvoyer ci-joint après avoir fait prendre copie, la DM du 26 janvier courant que vous m’avez adressée en communication le 27 du dit.
Conformément aux prescriptions contenues dans votre lettre du 27 janvier courant, je vais faire étudier l’emploi du bois de noyer teint en noir, et m’entendre avec l’entreprise pour me procurer des plaquettes en bois durci.
Je suis heureux de la mesure qui a été prise, relativement aux plaquettes en corne moulée, car je suis forcé de reconnaître que Mr Pihet, qui est toujours en retard, quelle que soit la nature des livraisons qu’il a à faire, eût été pour notre fabrication une source continuelle de difficultés. Malgré les promesses qu’il m’a faites et qu’il a renouvelées au capitaine Duban, je n ‘ai encore à l’heure qu’il est, reçu aucune des 1500 paires de plaquettes lisses que je lui ai données en commande le 9 décembre dernier.
Malheureusement je ne connais aucun autre fabricant de corne moulée, et je ne serais pas étonné que Mr Pihet eut le brevet et par conséquent le monopole de cette fabrication. Vous auriez à Paris, plus facilement que moi à St Etienne, le moyen de savoir ce qui en est à cet égard.


29 janvier 1874 : (Inspecteur à MAS)

Vous allez recevoir sous peu, si vous ne l’avez déjà reçu, l’ordre d’expédier des revolvers modèle 1873 pour les essais à faire dans la cavalerie et l’artillerie (3 régiments d’artillerie, 4 de cavalerie : 25 revolvers par régiments). Je vous recommande expressément à moins d’impossibilité absolue, de n’expédier à ces corps que des revolvers avec crosse en corne moulée.
Les plaquettes en bois de noyer, surtout celle de gauche, sont très peu résistantes, et il ne faudrait pas davantage pour faire rejeter ce revolver par les corps chargés de l’expérimentation. Je vous serais obligé à ce propos de me faire connaître le nombre de paires de plaquettes en corne moulée que vous avez déjà reçues. Mr Pihet n’a pas le monopole de cette fabrication, et je vais chercher parmi les industriels qui emploient de la corne moulée (fabricants de boutons, de tabatières, de poignées de parapluies, etc) s’il ne sera pas possible de répartir entre plusieurs fabricants les commandes de plaquettes qui vous seront nécessaires. A défaut de corne moulée, je préférerai encore au bois le caoutchouc durci, qui a été essayé dans le temps pour les poignées de sabres-baïonnettes. Car il ne faut pas se dissimuler que l’emploi du bois même durci ne peut être qu’un expédient momentané destiné à parer aux difficultés que vous rencontrerez et qu’il ne saurait être admis comme une solution définitive de la question.
Ne serait-il pas possible d’installer à la MAS même la fabrication des plaquettes en corne moulée ? Plusieurs industriels emploient cette matière et je ne vois, à priori, aucune difficulté bien sérieuse dans cette installation.
Je vous retournerai prochainement les 2 revolvers F 251 et F 252 que vous m’avez adressés. L’examen de ces deux revolvers n’a fait que me confirmer dans l’opinion que je vous ai émise dans ma lettre du 23 courant, à savoir que la seule modification acceptable pour la crête du chien est celle qui a été appliquée au revolver F 251. Peut-être même serait-il possible d’abaisser encore un peu cette crête, non pas seulement vers l’extrémité mais dans toute sa longueur pour les chiens qui ne sont pas encore en cours de fabrication, en conservant sa courbure et son inclinaison actuelles, de manière à laisser au pouce une prise et un appui suffisant que n’offre pas la forme trop concave de la crête du chien du revolver F 252.
Je crois devoir terminer par une observation de détail relative au marquage de l’arme.
Les chiffres de l’année 1873 inscrits sur le pan supérieur du canon sont trop peu apparents, et il me semble qu’on pourrait sans inconvénient leur donner une hauteur double, de façon qu’ils se détachent bien sur l’arme et se distinguent nettement des autres marques de contrôle.


29 janvier 74 : (courrier reçu de l’inspecteur)

Vous allez recevoir un OM d’expédier des revolvers pour les essais à faire dans la cavalerie et l’Artillerie : 3 régiments d’artillerie, 4 de cavalerie, 25 revolvers par régiment. Je vous recommande de n’envoyer que des armes munies de plaquettes en corne. Les plaquettes en noyer, surtout celles de gauche, sont peu résistantes. Pourquoi ne pas employer le caoutchouc durci comme essayé pour les plaquettes de sabre-baïonnettes.


31 janvier 1874 : (Inspecteur à MAS)

Au cas où la corne moulée vous ferait défaut pour la crosse des revolvers modèle 1873, je crois devoir vous indiquer l’adresse d’un fabricant de caoutchouc durci qui pourrait peut-être vous rendre des services :
Mr Louis Verstraet, ingénieur chimiste, usine de Charenton-le- Pont, 60 rue des carrières.
Adresse particulière : 65 rue Fondary Paris Grenelle.
Il était ingénieur de l’ancienne maison Aubert, Gérard et Cie qui a fourni des obturateurs en caoutchouc pour les armes modèle 1866. Il s’offrirait le cas échéant à livrer par jour jusqu’à 1000 paires de plaquettes en caoutchouc durci. Voyez si vous pouvez en tirez parti.
Cette question des plaquettes me préoccupe beaucoup et je vous serais obligé de m’en envoyer une paire dans l’état où vous les recevez de Mr Pihet. Elle me servirait de spécimen pour les fabricants avec qui je chercherai à me mettre en rapport.
Je vous enverrai d’ailleurs tous les renseignements qui pourraient vous être utiles et j’espère qu’avec les recherches que vous ferez de votre côté nous arriverons à une solution satisfaisante.
Je pense que vous trouverez, sinon à St Etienne même, au moins à Lyon, des fabricants de corne moulée dans les industries que je vous ai citées ou d’autres similaires.


31 janvier 1874 : (MAS à Inspecteur)

En réponse à votre dépêche du 29 janvier courant, j’ai l’honneur de vous faire connaître que jusqu’ici, je n’ai reçu de Mr Pihet que 500 paires de plaquettes en corne moulée, sur lesquelles 301 lisses et 199 quadrillées. Malheureusement, ces dernières présentaient de tels défauts de dimensions qu’elles n’ont pu être utilisées qu’en très petit nombre (une vingtaine de paire environ), encore a-t- on été obligés pour la plupart d’entre elles d’enlever le quadrillage venu au moulage pour le refaire ici par les procédés ordinaires.
C’est ce mauvais résultat qui m’a fait renoncer, jusqu’à nouvel ordre, à demander à Mr Pihet des plaquettes toutes quadrillées. Malheureusement, je ne peux rien obtenir de ce fabricant, il a depuis le 9 décembre dernier une commande de 1500 paires de plaquettes lisses, et je ne m’explique pas comment ces 9 grandes semaines ne lui ont pas encore permis de m’en livrer une seule. Quoi qu’il en soit, ma fabrication de revolvers n’est pas interrompue, elle est seulement arrêtée après le montage du mécanisme en blanc, ce qui n’a d’autres inconvénients que d’empêcher l’achèvement complet des armes dont le nombre va, malgré tout, chaque jour en augmentant. Le nombre de revolvers finis avec monture en corne est de 296, c’est plus qu’il n’en faut pour l’exécution de l’ordre ministériel que vous m’annoncez, de la mise en essai du revolver modèle 1873 dans 3 régiments d’artillerie et 4 de cavalerie à raison de 25 armes par régiment. Je fais modifier tous les chiens et je pense que vers la fin de la semaine prochaine, l’expédition des 175 revolvers nécessaires aux expériences des corps, pourra se faire sans difficulté.
L’entreprise va s’entendre avec Mr Ladry, fabricant de bois durci, pour nous procurer un certain nombre de plaquettes de cette substance que je ferai étudier.
Dans ce cas, je vous prierais de me faire connaître les procédés employés pour cette fabrication. Je me méfie beaucoup de l’industrie privée pour tout ce qui touche la confection des armes de guerre, et je crois d’une manière générale, qu’il est nécessaire que l’Etat soit toujours complètement maitre des procédés dont il fait usage dan ses MA.
Votre lettre se termine par une observation relative au marquage du revolver. Le chiffre 1873 inscrit sur le pan supérieur du canon ne vous paraissent pas assez apparents. Ce fait tient à ce que le marquage de ces chiffres, au poinçon, donne lieu à des enfoncements dans le canon. Pour éviter cette dégradation, nous avons déjà été forcés de faire cette opération avant le rayage et de ne l’exécuter qu’avec beaucoup de précaution. L’emploi du burin serait sans doute préférable, sous ce rapport, à celui du poinçon, mais serait beaucoup trop cher. Nous tacherons de remédier au défaut que vous signalez en donnant aux chiffres du millésime, comme vous l’indiquez, une hauteur plus considérable.


2 février 1874 : (MAS à Inspecteur)

Conformément au désir que vous m’exprimez dans votre dépêche du 31 janvier dernier, j’ai l’honneur de vous envoyer à titre de spécimen, une paire de plaquettes de revolver modèle 1873, dans l’état où je les reçois de Mr Pihet. Il ne nous reste plus une seule paire de plaquettes lisses disponible. J’ai donc été forcé de vous adresser des plaquettes quadrillées mises au rebut pour défaut de dimensions. J’espère cependant qu’elles vous suffiront pour l’usage auquel vous les destinez.
Je viens de recevoir une lettre de Mr Pihet datée du 1 er février. Ce fabricant m’annonce l’envoi de 100 paires de plaquettes lisses. Il m’informe qu’à la fin de février il aura 6 moules d’acier en pleine marche et qu’il pourra alors fournir facilement à nos besoins.
Espérons que ses livraisons répondront à ses promesses, ce serait la meilleure solution possible des difficultés auxquelles ses retards ont jusqu’à présent donné lieu.


comparatif plaquettes droites revolvers modèles 1873, 1874 et modèle commercial

Comparatif: plaquettes droites revolvers modèles 1873, 1874 et modèle commercial, côté extérieur.
Crédit photo: Vivelacolo, forum TCAR.


4 février 1874 : (MAS à Pihet)

J’ai reçu les 100 paires de plaquettes lisses que vous m’annonciez à la date du 1 er février courant. Ces plaquettes que j’ai immédiatement fait mettre an main, sont très bienvenues et d’une régularité plus grande que celles de vos précédents envois.
Je ne regrette qu’une chose, c’est que ce dernier envoi ait été si peu considérable. Pour alimenter convenablement nos ateliers il nous faudrait dans ce moment 400 paires de plaquettes par semaine. Vous m’annoncez qu’à la fin de février vous serez en mesure de satisfaire facilement à nos besoins, mais d’ici-là, vous pourrez je pense, déjà produire avec vos premiers moules un certain nombre de plaquettes que je vous serai très obligé de m’envoyer, au moins une centaine de paires, au fur et à mesure de votre production.
Il serait à désirer que vous donniez aux évidements de la plaquette droite les dimensions et les formes que vous avez appliquées à vos plaquettes quadrillées. J’insisterai surtout pour que vous conserviez l’arrondissement de la partie supérieure de l’évidemment du côté de la tranche. Cette disposition donne plus de solidité à la paroi de la plaquette en ce point. Cette modification ne me semble pas difficile à faire, car elle revient à abattre sur une très petite longueur l’angle vif du poinçon. Je ne vous fais du reste cette observation que dans le cas où la modification que je vous demande n’entrainerait dans votre fabrication aucun nouveau retard. Le principal pour nous, c’est de recevoir des plaquettes, et je ne voudrais en rien gêner votre production.
Je me suis entendu avec l’entrepreneur de la MAS pour le règlement de vos fournitures.
Vous recevrez sans doute d’ici à peu de jours, une commande régulière. Je considère dès à présent vos études comme terminées et comme ayant conduit au moins jusqu’à nouvel ordre, à l’adoption des plaquettes lisses, de préférence aux plaquettes quadrillées.
Vous avez eu la bonté de m’envoyer un spécimen très bien réussi de plaquettes en bois durci. Je vous serais obligé, si à votre premier envoi, vous pouviez ajouter une demi douzaine de paire de plaquettes de cette nouvelle matière, afin que je puisse les faire étudier et expérimenter.


10 février 1874 : (Inspecteur à MAS)

Je vous serais très obligé de m’envoyer deux paires de plaquettes en corne moulée pour revolver modèle 1873. Ces plaquettes peuvent être choisies parmi celles rebutées dont les dimensions ne seraient pas trop défectueuses.
Mr Verstraet dont je vous ai parlé dans ma lettre du 31 janvier désire faire à ses frais quelques essais de plaquettes en caoutchouc durci qui vous seraient soumises, et je n’ai aucun modèle à lui donner. Les plaquettes que vous m’avez envoyées dernièrement ont été remises à Mr Jullien, bijoutier au 347 rue St Martin (bijou de deuil, imitation de jais au moyen de buffle moulé) qui paraît disposé à nous fournir des plaquettes pour revolvers et doit me faire connaître sous peu à quelles conditions il ferait ses fournitures.
La fabrication de corne moulée, ainsi que je vous l’ai dit, ne constitue pas un monopole pour Mr Pihet. Cette matière est employée dans beaucoup d’industries et bien que je ne puisse vous indiquer le détail des opérations qu’elle subit, je pense que vous trouverez soit auprès des fabricants, soit dans des traités technologiques, quelques renseignements utiles. Au surplus, si, comme je l’espère, nous pouvons répartir entre plusieurs fabricants les commandes de plaquettes qui nous seront nécessaires, les difficultés qui se sont produites avec Mr Pihet disparaitraient et on pourrait échelonner les livraisons de manière qu’elles soient toujours en avance sur votre fabrication. Mais j’aurais besoin de savoir quel développement vous pourrez donner à la fabrication des revolvers, quel rendement journalier vous pourrez atteindre, en un mot quelle sera la marche de votre fabrication pour que je puisse baser là-dessus les conditions à imposer aux fournisseurs.
Jusqu’à concurrence de quel chiffre de plaquettes êtes-vous engagé avec Mr Pihet ?
Combien en restait-il à mettre en commande ?
Le capitaine Duban est passé ce matin chez Mr Pihet qu’il n’a pas trouvé. Il a su par un de ses employés qu’un envoi de 200 paires de plaquettes vous a été fait hier. Mr Pihet a actuellement 4 moules en acier qui fonctionnent et peuvent fournir environ 70 paires de plaquettes par jour, 2 autres moules seront prêts dans quelques jours. Mr Pihet pourra donc disposer, sous peu, de six moules en acier et d’un moule en laiton, ce qui correspondra je pense à une fabrication journalière de 100 à 120 paires de plaquettes.


11 février 1874 : (Inspecteur à MAS)

J’ai l’honneur de vous accuser réception de deux paires de plaquettes en corne moulée que vous m’avez adressées hier.
Avant de vous retourner les deux revolvers modèle 1873 n° 251 et 252, je désirerais savoir s’ils vous font défaut pour satisfaire aux ordres que vous avez reçus. J’ai l’intention de demander au ministre l’autorisation de conserver le n°251 pour être joint à la collection des armes de l’Inspection des MA.


12 février 1874 : (MAS à Inspecteur)

J’ai l’honneur de vous informer que je vous ai adressé hier soir, par grande vitesse, les deux paires de plaquettes que vous me demandez par votre dépêche du 10 février courant.
Je n’ai pris aucun engagement avec Mr Pihet. Je me suis borné jusqu’ici à demander à ce fournisseur les plaquettes qui m’étaient nécessaires pour bien étudier et fixer les dispositions et les dimensions les plus convenables à donner à ces pièces. De plus, afin d’éviter tout retard dans la fabrication des revolvers modèle 1873, j’avais pris sur moi de lui faire, au commencement de décembre dernier, une commande de 1500 paires de plaquettes lisses, sur lesquelles il n’en a encore expédié que 264. Le nombre total des paires de plaquettes en corne moulée que j’ai reçues de ce fabricant, depuis le 24 septembre 1873, jusqu’à ce jour, est de 764, comprenant 565 paires lisses et 199 paires quadrillées. Sur ces dernières, une vingtaine de paires seulement ont pu être utilisées, les autres ont dû être provisoirement laissées de côté comme présentant des défauts de dimensions, ce qui m’a fait renoncer, au moins jusqu’à nouvel ordre, à l’emploi des plaquettes quadrillées.
Je considère aujourd’hui la période d’étude comme terminée, j’ai dû inviter l’entreprise à rentrer dans son rôle et à se mettre en relation, soit avec Mr Pihet, soit avec d’autres fabricants de corne moulée, pour pourvoir aux besoins de notre fabrication.
Nous sommes arrivés aujourd’hui à ajuster en blanc 50 revolvers par jour. L’atelier où s’exécute ce travail comprend déjà 160 ouvriers, il faut donc environ 3 jours pour monter un revolver. Le travail est très difficile, très délicat, et il faut beaucoup de temps aux ouvriers pour se former. Aussi je me considérerai comme très heureux si, à la fin du mois prochain, je peux arriver à un rendement journalier de 100 revolvers.
Il me faudrait dès à présent recevoir 300 à 400 paires de plaquettes par semaine, Mr Pihet me fait de belles promesses, il m’annonce encore à la date du 9 février courant que des nouveaux moules avancent rapidement mais ses envois sont si faibles que je ne serais pas sans inquiétude sur le développement de notre fabrication si je n’étais autorisé officiellement à employer le bois de noyer lorsque les plaquettes en corne me font défaut.
Je me suis procuré par l’intermédiaire de l’entreprise des échantillons de bois durci provenant de chez Mr Ladry. Cette matière que je fais étudier en ce moment ci est bien inférieure à la corne moulée, elle est très cassante et se travaille très difficilement. Je n’ai pas non plus très grande confiance dans le caoutchouc durci qui a déjà été essayé il y a quelques années pour la monture des sabres-baïonnettes, et qui n’a pas réussi, c’est paraît-il une matière très cassante.
Les essais que j’ai fait déjà faire pour mettre à la couleur noire le bois de noyer n’ont pas jusqu’ici donné de résultats satisfaisants. La couleur ne pénètre pas assez profondément dans le bois et les montures en bois noirci prendraient sans doute, dans le service, un vilain aspect au bout de très peu de temps.


2 mars 1874 : (MAS à Pihet)

je viens de recevoir 199 paires de plaquettes, je vois avec plaisir que vos livraisons commencent à se régulariser.
Je dois vous faire observer que les plaquettes de vos dernières livraisons ne sont pas dans les mêmes conditions que les premières. Après quelques jours de montage, elles éprouvent un retrait très sensible qu’il serait impossible d’admettre dans la fabrication.
Pour éviter ce problème, je suis forcé de faire mettre à l’étuve toutes les plaquettes avant de les donner aux monteurs.


6 mars 1874 : (MAS à Inspecteur)

Je m’empresse de répondre à votre lettre du 4 mars d’après laquelle il vous semble indispensable que Mr Pihet soit fixé le plus tôt possible sur les commandes qui lui seront données. Les plaquettes en corne moulée de ce fournisseur ont déjà été pour nous la cause de bien des ennuis et je crains fort que nous ne soyons pas au bout de nos peines.
Les premières plaquettes de ce genre expérimentées l’année dernière à la MAS avaient sans doute été fabriquées avec beaucoup de soin et avaient donné de très bons résultats.
Appliquées à la monture du revolver Mle 1873, elles donnaient à l’arme un aspect très riche, très séduisant et qui a certainement contribué à leur adoption. Au mois de décembre 1873, pour assurer la fabrication de nos premiers revolvers j’ai fait à Mr Pihet une commande de 1500 paires de plaquettes lisses, vous savez avec quelle lenteur cette commande a été exécutée. Cette lenteur a été telle que je me suis vu forcé de demander de revenir purement et simplement à l’emploi du bois de noyer pour la fabrication des montures afin de ne pas se trouver à la merci d’un fabricant sur lequel je n’avais aucune action. Depuis une quinzaine de jours, les livraisons de Mr Pihet sont devenues plus fréquentes et il est sur le point d’avoir livré les 1500 paires dont il a reçu commande il y a 3 mois.
Malheureusement les plaquettes de ces derniers envois paraissent d’une qualité très inférieure aux premières. Après le montage il se produit dans la corne et surtout dans le sens de sa longueur un retrait considérable qui détruit complètement l’ajustage de la plaquette et détermine un ballottement de cette pièce qu’il n’est pas possible de tolérer.
Le retrait peut atteindre de 1 à 1,2 mm.
Le passage à l’étuve n’est pas une solution pour remédier à ce problème. De plus, l’action de la chaleur détermine dans l’épaisseur des plaquettes pleines une fente parallèle à la face plane qui semble indiquer un défaut d’adhérence dans les couches de matières employées dans la fabrication des plaquettes. Le retrait qu’éprouve la corne moulée me paraît un défaut très grave car il pourrait faire craindre que dans le service une grande partie des montures de revolvers ne fussent très rapidement à remplacer si d’une manière ou d’une autre on ne trouvait pas le moyen d’éviter ce retrait. Je serais sinon obligé de renouveler la proposition que j’ai déjà eu l’honneur de vous faire du retour à l’emploi du bois de noyer pour les montures. Ces inconvénients ne se présenteraient jamais avec des montures en noyer, qui lorsque le bois est bien choisi, sont d’un très bel aspect et présentent au moins l’avantage de ne pouvoir donner lieu à aucune difficulté.
Quoi qu’il en soit vous pouvez être convaincu que je ne négligerai rien pour tacher de tirer de la corne moulée le meilleur parti possible mais je dois vous avouer que l’emploi de cette matière ne me laisse pas sans inquiétude. Je suis forcé de m’incliner devant la DM du 26 janvier dernier mais je regrette qu’une mesure plus radicale n’ait pas été prise.


4 mars 1874 : (courrier reçu inspecteur)

Pihet aura fini dans trois jours sa première commande de 1500 paires de plaquettes.


4 mars 1874 : (Inspecteur à MAS)

Les pourparlers avec Mr Jullien, bijoutier, pour la fourniture de plaquettes en corne moulée, n’ont pas abouti. A moins que l’entreprise ne découvre un autre industriel qui veuille se charger de cette fabrication, nous serons donc réduit à nous contenter de Mr Pihet. Il résulte d’ailleurs des renseignements recueillis hier chez Mr Pihet par le capitaine Duban que cet industriel est dès maintenant en mesure de livrer journellement 100 paires de plaquettes, et qu’il est tout à fait disposer à augmenter son outillage de manière à développer cette fabrication suivant les besoins de St Etienne. Mais il serait indispensable qu’il fut fixé le plus tôt possible sur l’importance des commandes qui lui seront données. Il aura terminé dans 2 ou 3 jours ses premières commandes de 1500 paires de plaquettes. Le capitaine Duban l’a fortement engagé, bien qu’il n’ait pas encore reçu d’autres commandes, à ne pas interrompre sa fabrication et à continuer le moulage sans désemparer.
Mr Pihet se propose d’ailleurs d’aller sous peu de jours à St Etienne, et je vous prie de vous entendre avec lui et avec l’entreprise pour assurer à cet industriel des commandes qui lui permettent de s’approvisionner largement des matières premières, et de développer, s’il en est nécessaire, ses moyens de production pour les mettre au niveau des besoins de St Etienne.
La DM du 26 janvier dernier, qui a autorisé, éventuellement, l’emploi du bois de noyer, ne contient d’ailleurs aucune restriction en ce qui concerne l’emploi de la corne moulée.
Quels que soient les résultats des essais à faire avec le bois et le caoutchouc durcis, ou autres matières, les termes et l’esprit de cette dépêche indiquent bien que ces matières ne seraient employées qu’à défaut de corne moulée. Cette dernière devra donc toujours être employée à l’exclusion de toute autre matière, à moins d’impossibilité absolue.
Maintenant que la fabrication des revolvers va suivre une progression régulière, il me paraitrait utile de faire figurer sur votre bulletin de quinzaine, comme pour les armes modèle 1866, les mouvements et les détails des expéditions des revolvers modèle 1873.
Mais pour ne pas augmenter outre mesure le nombre de colonnes que comporte l’état qui est en tête de ce bulletin, vous serez peut-être conduit à en modifier la forme.


comparatif plaquettes droites revolvers modèles 1873, 1874 et modèle commercial

Comparatif: plaquettes droites revolvers modèles 1873, 1874 et modèle commercial, côté intérieur.
Crédit photo: Vivelacolo, forum TCAR.


5 mars 1874 : (Inspecteur à MAS)

Vous recevrez prochainement du ministère l’ordre d’expédier des revolvers modèle 1873 à la gendarmerie. Bien que ce corps ne puisse être entièrement armé de ce revolver pour l’Inspection générale de 1874, on désire cependant qu’il soit mis en service dans quelques compagnies avant cette époque. Mais il est bien entendu que vous ne devez expédier que des revolvers avec crosse en corne moulée. Dans ce but et afin d’avoir le plus grand nombre de revolvers disponibles et pouvant être expédiés, je vous invite, ainsi qu’il a été convenu avec le ministère, à faire substituer à toutes les montures en bois de noyer des revolvers que vous avez en magasin des montures en corne. Je pense que vous êtes dès maintenant suffisamment approvisionnés en plaquettes de corne pour pouvoir faire cette substitution.
Les plaquettes en bois de noyer, qui deviendront ainsi disponibles, devront être conservées en magasin pour être utilisées plus tard, s’il y a lieu, dans le cas où le défaut de corne rendrait leur emploi indispensable.


6 mars 1874 : (MAS à Inspecteur)

Par votre dépêche du 5 mars, vous me prescrivez de substituer des montures en corne à toutes les montures en bois de noyer des revolvers que j’ai en magasin. Je ne peux que vous exprimez les regrets que m’inspire cette mesure et qui je crois, se trouvent suffisamment justifiés par les détails que je vous donne dans ma lettre de ce jour.


7 mars 1874

J’ai reçu aujourd’hui vos deux lettres relatives aux inconvénients que présente la corne moulée. Je ne partage pas vos préoccupations à ce sujet. Si les derniers envois que vous a faits Mr Pihet ne présentent pas les garanties de matière que l’on est en droit d’exiger, c’est à l’entreprise à imposer au fournisseur les conditions nécessaires pour qu’il ne livre que des matières d’excellente qualité. Ses premières livraisons étaient bonnes, je ne vois pas pourquoi il ne pourrait pas faire ses livraisons ultérieures dans les mêmes conditions que les précédentes. Mais, dans aucun cas, l’emploi du bois de noyer ne sera accepté par le ministère comme une solution définitive de la question. La plaquette de droite aurait bien une résistance suffisante, mais il n’en serait pas de même de la plaquette de gauche qui présente dans certaines parties une épaisseur très faible et qui ne résisterait certainement pas à des chocs même très modérés. Si, malgré tout, nous sommes obligés de renoncer à la corne, je crois que le caoutchouc durci serait encore de beaucoup préférable au bois.
Quant à vos montures en bois de noyer déjà finies, et qui se trouveraient par suite de la substitution de la corne, la chose me paraît de peu d’importance et ne devoir en rien empêcher cette substitution.
PS : Mr Verstraet me remet à l’instant des spécimens de plaquettes en caoutchouc durci.
Vous en trouverez dans la caisse qui contient les revolvers, 2 paires complètes et une plaquette brute sur laquelle vous pouvez voir la résistance de la matière. Il serait à désirer que les 2 paires de plaquettes eussent des dimensions suffisantes pour pouvoir être montées sur deux revolvers. Si elles ne pouvaient …


10 mars 1874 : (Inspecteur à MAS)

Mr Viard, mouleur 16 rue Portefoix est venu me faire des offres pour la fourniture de plaquettes en corne moulée. Mr Viard s’occupe de la fabrication de divers objets de tabletterie moulés en corne ou en écaille (tabatières, porte-monnaie, porte-cigares, etc).
il me paraît donc par la spécialité de son industrie, parfaitement apte à entreprendre la fourniture de plaquettes en corne moulée pour revolvers modèle 1873. J’ai mis à sa disposition comme spécimen une paire de plaquettes, mais je n’avais pas qualité de lui faire connaître les conditions pécuniaires ou autres auxquelles seraient acceptées les fournitures, s’il lui était demandé. Ces conditions varieront nécessairement avec l’importance des commandes qu’il recevra et les délais de livraison qui lui seront accordés. Je n’ai pu que lui promettre de le mettre en rapport avec l’entreprise de St Etienne avec laquelle je vous prie de vous entendre à ce sujet. Quand même Mr Pihet suffirait seul aux besoins de St Etienne, il me paraitrait très utile d’avoir affaire à deux fournisseurs, plutôt qu’à un seul. Insistez donc auprès de l’entreprise pour qu’elle se mette sans retard en relation avec Mr Viard. Je crois qu’il y a là, pour votre fabrication, une ressource des plus sérieuses.
J’ai bien spécifié à Mr Viard que dans tous les cas ses matières ne seraient reçues, qu’à la condition de ne donner lieu à aucun retrait dans la fabrication. Il accepte parfaitement cette condition dont il reconnaît toute l’importance, et à laquelle il se croit en mesure de satisfaire parfaitement.
PS : Mr Lippmann vient de m’informer que son cautionnement serait réalisé dès demain conformément à l’article 33 du cahier des charges.


14 mars 1874
Viard envoi devis à Escoffier pour la fourniture de 10 000 paires de plaquettes).


13 mars 1874 : (MAS à Inspecteur)

Conformément aux prescriptions de votre dépêche du 7 mars j’ai fait mettre en essai aussitôt leur arrivée, les plaquettes en caoutchouc durci qui vous ont été remises par Mr Vestraët et que vous m’aviez adressées à titre de spécimen.
Voici les résultats :
Sous l’action d’une chaleur comprise entre 40 et 50° le caoutchouc se ramollit assez pour permettre de plier et de déformer facilement la plaquette qui conserve, en se refroidissant la forme qu’on lui a donnée. A mesure que la température diminue, la matière reprend sa rigidité mais devient fragile.
A une température un peu inférieure à 0, elle ne résiste pas à un choc même assez faible.
En résumé, le caoutchouc durci paraît beaucoup trop sensible aux variations de température pour pouvoir être employé à la fabrication des armes.
Aux températures moyennes, il présente une résistance comparable à celle de la corne moulée mais il devient trop mou aux températures élevées et trop cassant aux basses températures.
Son emploi serait bien inférieur à celui du bois de noyer. Ne pas donner suite.


17 mars 74 : (Inspecteur à MAS)

J’ai l’honneur de vous prier de me faire connaître par le retour de courrier si les 307 revolvers modèle 1873 à plaquettes en bois ont reçu du bois noirci ou si le noyer a conservé sa couleur naturelle. Le Ministre aurait l’intention d’en mettre en essai concurremment avec les revolvers à plaquettes en corne.


18 mars 1874 : (MAS à Inspecteur)

Réponse à votre dépêche du 17 mars, les 307 revolvers Mle 1873 à plaquettes en bois qui figurent sur mon dernier bulletin de quinzaine comme disponibles ont conservé le noyer avec sa couleur naturelle.
Les essais que j’ai fait réaliser jusqu’ici sur des plaquettes en bois noirci n’ont pas donné des résultats bien satisfaisants. La liqueur ne pénètre pas profondément dans le bois et y pénètre assez irrégulièrement. Je fais continuer les essais sur des plaquettes entièrement finies et quadrillées. Je ne sais pas encore quel espoir on peut fonder sur l’emploi des plaquettes noircies, j’ignore si en séchant elles ne voileront pas et si l’humidité qu’elles conserveront ne nuira pas à la conservation des pièces du mécanisme qu’elles doivent recouvrir.
Je suis très heureux que le ministre de la guerre ait l’intention de mettre en essai des revolvers à plaquettes en bois, concurremment avec des revolvers à plaquettes en corne moulée.
Mr Pihet me dit qu’il a découvert la cause du retrait qu’éprouvent ses plaquettes. Il pense que ce retrait doit tenir à un démoulage trop rapide et je désire de grand cœur qu’il ne se soit pas trompé et qu’il parvienne à faire disparaître ce défaut.


3 avril 1874 : (MAS à Inspecteur)

Depuis que la fabrication du revolver 73 a été installée à Saint-Etienne, je vous ai fait successivement connaître les incidents divers auxquels a donné lieu cette fabrication et j’ai dû appeler plusieurs fois votre attention sur les graves inconvénients que présente l’emploi des plaquettes en corne moulée, à cause du retrait considérable que cette matière éprouve après un temps souvent très court. Vous m’avez répondu que vous ne partagez pas, à ce sujet, mes préoccupations et vous m’avez invité à activer les commandes à faire aux fournisseurs de plaquettes en corne.
Les essais que j’ai fait exécuter de mon côté pour parer aux inconvénients signalés n’ont donné aucun résultat satisfaisant. Avec les plaquettes qui sont, dans ce moment, entre les mains des monteurs, 6 jours suffisent pour produire le désajustage complet de la monture et déterminer un ballottement qui ne saurait être toléré dans la fabrication. La proportion d’armes finies pour lesquelles le raccourcissement des plaquettes exigerait un remplacement s’élève environ à 62%.
Il n’est donc pas possible de continuer la fabrication des revolvers dans ces conditions.
Je viens donc vous demander de me faire autoriser à employer le bois de noyer et d’attendre, avant de revenir à l’emploi de la corne moulée, que l’on soit parvenu à remédier si la chose est possible au retrait considérable qu’éprouve cette matière. Cette autorisation sera facile à obtenir d’autant que les tables de construction du revolver Mle 73 n’ont pas encore été approuvées et qu’ainsi le ministre ne se trouve encore en rien engagé.


Pourparlers avec Mr Viard et les entrepreneurs de la MAS, difficultés d’accord.


4 avril 74 : (Courrier Ministre à Inspecteur)

L’adoption d’un modèle de revolver pour la Gendarmerie et les demandes faites par un certain nombre d’officiers, en vue d’obtenir la délivrance d’armes de cette espèce, m’ont paru rendre opportun l’établissement d’un revolver pour officier. En conséquence, je vous demande de faire établir à la MAS un revolver de même calibre et tirant la même cartouche que le revolver modèle 1873, il serait à désirer que le mécanisme fut le même que celui du revolver précité ou que, du moins, on utilisât, pour l’établir, le plus grand nombre possible de pièces de ce modèle d’arme tout en cherchant néanmoins à alléger son poids de 150 à 200 grammes et les parties métalliques apparentes devront être brunies et le prix de cette arme ne devra pas, s’il est possible, dépasser 40 francs. Il faut enfin que ce revolver ne puisse, dans aucune circonstance, être confondu avec le modèle réglementaire pour la troupe.
Ce revolver serait fourni, directement par l’entreprise aux officiers qui lui en feraient la demande, et de la même manière que les armes blanches leur sont livrées par l’entreprise de la MAC. Aussitôt que le modèle dont il s’agit aura été établi, vous voudrez bien le soumettre à mon examen.


7 avril 1874 : (Inspecteur à MAS)

Le premier emploi de la corne moulée pour plaquettes de revolvers m’avait inspiré une grande confiance dans cette matière. Mais en présence des incidents que vous me signalez dans votre lettre du 3 avril courant, je n’hésite pas à proposer au ministre l’emploi exclusif du bois de noyer naturel pour ces plaquettes, jusqu’à ce que des études plus suivies aient bien constaté la supériorité de la corne moulée. J’ai tout lieu de penser que cette demande sera favorablement accueillie.
J’ai reçu les deux revolvers annoncés. Les plaquettes en corne du n°1758 ont déjà pris, depuis le 25 mars, une construction qui n’est pas tolérable dans la fabrication. Les plaquettes en noyer du revolver n°1181 m’ont paru très bien. Quant à la plaquette isolée en bois noirci, elle est déjà d’un vilain aspect.


9 avril 1874 : (Ministre à inspecteur)

Monsieur l’Inspecteur, il résulte des explications contenues dans votre lettre du 7 avril courant que la corne moulée, employée pour la fabrication des plaquettes des revolvers modèle 1873 éprouve un retrait tel que 62% de ces plaquettes doivent, très peu de temps après leur ajustage, être rebutées. D’un autre côté, les essais faits en vue de remplacer la corne moulée par du bois durci, du caoutchouc durci ou du bois mis en couleur n’ont pas donné des résultats satisfaisants. Vous proposez en conséquence d’employer, exclusivement pour la fabrication des plaquettes, du bois de noyer de couleur naturelle et de continuer d’ailleurs les études sur la corne moulée.
Je vous préviens que je donne mon approbation à cette proposition et je vous prie d’adresser des instructions à la MAS afin que les revolvers modèle 1873, mis entre les mains des troupes, soient tous uniformes, vous prescrirez à cet officier supérieur de faire remplacer par des plaquettes en noyer les plaquettes en corne dont un certain nombre de revolvers sont déjà munis et de ne laisser, jusqu’à nouvel ordre, sortir de l’établissement qu’il dirige, aucun revolver du modèle réglementaire muni de plaquettes de cette dernière espèce.
Vous me ferez connaître d’ailleurs le prix auquel il conviendra de porter les plaquettes en bois sur le tarif des réparations des revolvers modèle 1873, et vous me tiendrez au courant des résultats auxquels auront conduit les études sur la corne moulée.


9 avril 74 : (Inspecteur à MAS)

J’ai l’honneur de vous faire connaître que vous recevrez incessamment l’autorisation officielle d’employer exclusivement le bois de noyer avec la couleur naturelle pour les plaquettes des revolvers modèle 1873. J’en ai été avisé officieusement ce matin dans les bureaux du ministère, la lettre est à la signature et ne tardera pas à vous parvenir. On ne reviendrait à la corne moulée que si les expériences concluantes venaient à démontrer que cette matière n’offre plus les inconvénients qui se sont produits ici.
L’emploi des plaquettes en bois de noyer nécessite quelques modifications dans le projet de tarif provisoire des réparations.


9 avril 1874 : (Ministre à MAS)

La question des plaquettes de revolver est résolue comme vous le désirez. Le Ministre prévient à la date de ce jour le colonel inspecteur que les plaquettes en bois sont définitivement adoptées et que les revolvers sortant de la MAS devront tous être munis de plaquettes de cette nature jusqu’au jour où les essais sur la corne moulée auront conduit à des résultats satisfaisants. Vous pouvez donc dès à présent faire mettre des plaquettes en bois à tous les revolvers disponibles et comptez que vous recevrez très prochainement des ordres de délivrance.


13 avril 1874 :

L’inspecteur reçoit le revolver Mle 1873 numéro 1758.

Je vous fais expédier ce jour :
1°/ le revolver n°1758 avec monture en corne que vous m’avez adressé le 3 avril courant.
2°/ le revolver n° 396 avec monture en corne. Ce dernier est un des trois que vous avez envoyés au DC en exécution de l’OM du 26 février, il devait faire partie de la collection de l’inspection des manufactures et il sera remplacé dans cette collection par le revolver avec monture en noyer (n°1181) que vous m’avez adressé le 3 avril et que je conserve dans ce but. C’est donc un simple échange qui me paraît présenter d’autant moins d’inconvénients que les deux plaquettes en corne du revolver 396 étaient à rebuter.
Je joins à cet envoi deux paires de plaquettes en caoutchouc durci que m’a remises Mr Verstraet, qui m’a exprimé le désir de les faire expérimenter et qui est persuadé qu’elles ne donnerait pas lieu aux mêmes inconvénients que les premières. Ces plaquettes sont marquées sur la tranche postérieure aux n° 1 et 2. Les plaquettes n°2 sont de même matière seulement un peu plus durcie que celles que vous avez déjà essayées. Dans le n°1, la matière a une composition un peu différente.
Mr Verstraet prétend que ces plaquettes sont complètement inertes, incapables de retrait, insensibles aux variations atmosphériques les plus extrêmes, et qu’elles ne subiraient de déformation que par une chaleur artificielle obtenue par exemple au moyen de plaques métalliques chauffées sur lesquelles on laisserait reposer les plaquettes, sans que l’air puisse circuler librement autour d’elles. Je ne vois pas d’inconvénient à donner satisfaction à Mr Verstraet en soumettant ses plaquettes aux essais que vous jugerez convenables. J’ai cru inutile de vous renvoyer la plaquette en bois noirci que vous m’avez envoyée le 3 avril avec les deux revolvers.
Je suppose que l’entreprise se sera entendu avec Mr Pihet pour limiter, jusqu’à nouvel ordre, sa fabrication de plaquettes en corne moulée aux études prescrites par la DM du 9 avril.


11 juin 1875 : (MAS à Inspecteur)

Mr Pihet à Paris a fourni à la MAS 750 paires de plaquettes lisses en corne moulée

Production du revolver modèle 1873, par la Manufacture d'Armes de Saint Etienne entre 1873 et 1879

Pour voir la production complète, voir la page du tableau de fabrication par année du revolver modèle 1873.

Vous retrouverez çi dessous la production mois par mois sur les 3 premières années (1873, 1874 et 1875), puis en 1876, 1877, 1878 et 1879.


30 septembre 1873 : 5 pistolets-revolvers fabriqués et expédiés.

Octobre 1873 : 0

Novembre 1873 : 0

Décembre 1873 : 60 (4 expédiés)

revolver mle 1873 F3

Revolver modèle 1873, numéro de série F3


Janvier 1874 : 127 (pas d’expédition)

Février 1874 : production revolvers 1873 : 365 (expédition 223 dont 5 au 11e Chasseurs à Lunéville et 6 au 23e RA à Toulouse).

Mars 1874 : 1056 (41 expédiés)

Avril 1874 : 1220 (1499 avec plaquettes bois – 15 avec plaquettes corne)

Mai 1874 : 2410 (3253 expédiés)

Juin 1874 : 2715 (2637 expédiés)

Juillet 1874 : 3008 (3087 expédiés)

Août 1874 : 3065 (2904 expédiés)

Septembre 1874 : 3286 (3566 expédiés)

Octobre 1874 : 3510 (3170 expédiés)

Novembre 1874 : 3240 (2079 expédiés)

Décembre 1874 : 3775 (8 expédiés)

Total de la production en 1874 : 27 777


Janvier 1875 : 3360 (8701 expédiés)

Février 1875 : 3154 (2899 expédiés)

Mars 1875 : 3640 (3073 expédiés)

Avril 1875 : 3765 (3357 expédiés)

Mai 1875 : 3600 (3420 expédiés)

Juin 1875 : 3204 (4520 expédiés)

Juillet 1875 : 3750 (2547 expédiés)

Août 1875 : 3450 (3871 expédiés)

Septembre 1875 : 3500 (2628 expédiés)

Octobre 1875 : 3829 (4744 expédiés)

Novembre 1875 : 3995 (3420 expédiés)

Décembre 1875 : 4390 (3930 expédiés)


Total de la production en 1875 : 43 637

1876 : 52 126

1877 : 36 875 + 430 pour la Marine (novembre et décembre)

1878 : 25 006 + 3 576 pour la Marine + 2430 série X (de août à novembre)

1879 : 11 292 de janvier à août + 1 364 pour la Marine.



Article rédigé par Stéphane Rivoire

Stéphane RivoireResponsable de la collection d'armes du musée d'Art et d'Industrie de Saint-Etienne, expert en armes anciennes et souvenirs historiques, membre agréé de la Compagnie Nationale des Experts en Armes et Munitions près les Cours d’Appel, passionné par l’Histoire et plus particulièrement l’histoire militaire, à travers ses hommes, mais aussi et surtout à travers les traces marquantes laissées derrière elle, l’expertise reste pour Stéphane le plaisir d’une découverte. C’est l’occasion de procéder à des recherches complémentaires sur l’origine d’un objet et d’essayer ainsi de retracer son parcours en révélant son identité.